Fiche pratique : Monter un groupe local
A partir de l'expérience de En Grève à Montpellier, quelques pistes pour lancer une initiative locale autour du travail reproductif.
A partir de l'expérience de En Grève à Montpellier, quelques pistes pour lancer une initiative locale autour du travail reproductif.
Aurore
- Pour moi c’est un lieu où plusieurs féminismes se rencontrent et où on fait du lien entre des initiatives qui nous parlent.
Barbara
- Ça a commencé au moment où je venais de me séparer du père de mes filles, Nina était en train de monter La Syndicale qui proposait d’utiliser l’auto-défense féministe, les groupes de parole et les vacances en mixité choisie comme outils politiques. N’ayant pas beaucoup d’énergie et en pleine tempête de la séparation, j’ai dit que je voulais bien m’occuper des vacances, et de là a découlé la discussion avec toi, Claire.
Claire
- Ça avait même commencé en 2016, où j'ai rencontré Barbara, qui m'a invitée à participer aux groupes de paroles sur la sexualité organisés par Nina. Nous avons embarqué dans cette aventure plusieurs personnes de nos entourages. Les groupes de parole se sont ensuite poursuivis en 2021 sur nos lieux professionnels pour parler de notre place au travail. Ces groupes se sont arrêtés ou maintenus sur la durée surtout en fonction de la présence d'une personne disponible pour animer et organiser les temps.
Et puis Barbara m'a parlé des vacances féministes et on les a organisées ensemble, un week-end qui s’est poursuivi par la création du groupe « En Grève » en juillet 2023. Je crois que l'ensemble de ces expériences de groupes de parole, qui n'ont pas toujours perduré car ils ont besoin d'animation pour tenir dans le temps, nous ont fait penser que nous avions besoin d'un espace en continu, pour se rencontrer et être en lien avec d'autres événements et activités militantes. C'est ainsi qu'En Grève est là comme un espace durable, nous sommes plusieurs à la co-animation, permettant de tenir dans la durée quelles que soient l'énergie et le temps de chacune. Et nous le souhaitons très ouvert : toute personne voulant proposer une action, une discussion, un projet... est encouragée à le faire.
Aurore
Il y a peut-être deux choses importantes dans ce que vous dites, c’est qu’à la base il y a un petit groupe d’interconnaissances. On ne réfléchit pas assez à l’importance de la confiance humaine dans le fait de démarrer des actions ensemble. Et la deuxième chose, ce que c'est parti de groupes de parole qui ont existé de manière informelle mais qui ont créé des liens...
Barbara
Oui, le point de départ c’est 2015-2016, je rencontre le père de mes filles et quasiment en même temps je rencontre Nina et d’autres, qui avaient organisé des groupes de parole à Paris et voulaient en faire à Montpellier. De là on se fédère et se développent des liens politiques et d’amitié. Aujourd’hui on a relancé cette dynamique là, au départ avec Claire en prenant l’axe vacances, mais ensuite on a fait de l’auto-défense féministe, des groupes de parole et le groupe en ligne.
Lors d’un week-end de vacances en mixité choisie se retrouvent une quinzaine de personnes qui ne se connaissent pas pour la plupart, sur une base d’autogestion.
Au programme : relaxation, balades, chant, atelier d’autodéfense verbale, partage de lectures et de ressources, groupe de parole sur le travail gratuit. Le nom du groupe, « En Grève », découle de là, de l’aspiration d’en faire moins.
Suite à ce week-end, deux types d’actions sont lancées :
1. Une rencontre conviviale chaque dernier mardi du mois. Elle peut se dérouler dans un café, chez quelqu’un·e, à la plage… elle permet de faire connaissance, de partager des ressources et de tisser des liens entre habitant·es d’une même ville. Les rencontres comptent généralement entre 5 et 20 participant·es qui ne sont pas forcément les mêmes d’un mois à l’autre. Un compte rendu pratique est fait, avec les infos partagées, des liens, des ressources. Elle durent depuis 3 années et n’ont jamais été annulées. C'est dans ces moments là que sont proposées d'autres actions et rencontres... par qui le souhaite, et sur un temps spécifique, hors apéro du mardi.
2. Un groupe d’échange sur une plateforme numérique. Cet espace a cru rapidement et est devenu une communauté composée de différentes sections :
· Le groupe En grève qui fonctionne comme un réseau pour le partage d’informations, de ressources et de rendez-vous féministes locaux.
· La section Entraide pour les contacts de médecins, juristes, accompagnement dans des situation de violences etc. mais aussi des offres d’emploi, de logement, les demandes de coups de main…
· Des sous-groupes pour des sujets précis : un groupe d’arpentage de livres féministes, un groupe sur les politiques municipales féministes…
En parallèle, un groupe d’animation restreint se charge de l’organisation des rendez-vous mensuels, des ajouts des membres et de la modération.
Le groupe a la volonté de garder un statut de collectif informel et a rédigé une charte d’accueil pour présenter le cadre, les valeurs portées et les règles de modération (féminisme intersectionnel, l’espace en ligne n’est pas un lieu d’agression, tout le monde peut proposer une action…)
Au fil du temps, le groupe s’est agrandi et est passé d’une quinzaine de membres à plus d’une centaine.
Groupe de paroles : séparations avec violence, parentalité et militantisme, travail gratuit, santé mentale…
Groupe sur le travail gratuit des mères en partenariat avec le Master Développement Social de l’Université Paul Valéry
Café mortel : rencontre autour du sujet de la mort et de comment se réapproprier nos morts
Atelier de facilitation graphique à utiliser dans nos luttes féministes
Auto-gynécologie
Formation à l’autodéfense féministe
Week-ends et vacances en mixité choisie
Soutien pratique lors de séparations
Participation à une soirée autour de la rédaction d’un code du travail domestique
Rencontre d’autres groupes de parole, à Marseille et dans le Gard lors de l’évènement Les Parleuses.
Points de rendez-vous lors de mobilisations politiques et évènements artistiques
Depuis que le groupe existe, il permet
- Le partage de ressources (parfois en urgence suite à des situations de violence),
- Des recommandations de professionnel·les de santé, de psy, d’avocates.
- Des rencontres humaines à l’échelle d’une ville en créant des liens entre des personnes concernées par le travail gratuit
- De réduire l’isolement en donnant des occasions de se retrouver lors des soirées conviviales et aussi lors d’évènements politiques et culturels
- De se renforcer mentalement et physiquement avec l’auto-défense féministe et les arpentages
- De construire des solidarités interindividuelles permettant du soutien moral et stratégique en cas de difficultés ayant trait au travail reproductif
Se ressent parfois le besoin d'avoir un lieu d'archivage des diverses productions du groupe. Et donc de personnes en charge de cela.